La position dans laquelle on mange.... et ce qu'elle dit de nous ! - Cuisine Thérapie

La position dans laquelle on mange…. et ce qu’elle dit de nous !

Réflexions culinaires

cuisine thérapie - corps qui mangent

Vous le savez, l’un des bienfaits essentiels de la Cuisine Thérapie consiste à mettre de la conscience dans ses modes de fonctionnement pour comprendre ce qu’ils peuvent révéler de nous et décider, au besoin, de les ajuster. C’est ce que je vous propose avec cette étude de Gilles Fumey, professeur de géographie de l’alimentation à l’Université Paris-Sorbonne, qui s’intéresse aux différentes postures des mangeurs : assis et confortablement installé, en vitesse en marchant, autour de la table basse voire à même le sol, le moins que l’on puisse dire, c’est que nous avons tous des manières de manger différentes. A tel point d’ailleurs qu’il n’est pas toujours simple de manger ensemble ! Gilles Fumey identifie plusieurs variantes culturelles en fonction des lieux géographiques.

Les 4 modèles du corps qui mange

– Dans le modèle collectif, les gens mangent assis par terre et partagent la nourriture. Il s’agit souvent d’un plat unique, ou en tout cas de plats élaborés en famille ou de façon collective. C’est le cas de l’Inde par exemple.

– Vient ensuite un modèle convivial, dans lequel on mange assis sur des tabourets ou un canapé, autour d’une table basse, une nourriture adaptée : pas de couverts et des aliments faciles à porter du plat à la bouche. C’est par exemple le cas du Maghreb et de l’Asie centrale.  Le repas est plus individuel et assez informel.

–  Dans le modèle gastronomique, les gens mangent à table. Le repas est ritualisé (voire scénarisé) avec une succession entrée-plat-dessert. C’est typiquement le repas européen qui donne une large part au temps d’échanges à table. Il s’agit de manger mais aussi de se retrouver pour discuter.

– Enfin, le modèle industriel réunit ceux qui mangent debout. Il s’agit souvent de plats cuisinés à l’avance, pouvant être mangés en toutes circonstances et individuellement. Ce modèle, qui existe essentiellement dans le monde anglo-saxon, propose une nourriture accessible partout.

Et des combinaisons multiples

Nous avons souvent tendance à opposer ces modèles collectif, convivial, gastronomique et industriel et à nous référer à notre culture ou à des valeurs éthiques pour justifier nos préférences. Pourtant à bien y réfléchir, nous sommes nombreux à apprécier à la fois :

– la décontraction d’un pique-nique (modèle collectif) qui nous permet de partager un moment en groupe et de consolider des liens dans une ambiance souvent spontanée, familière et authentique ;

–  le côté informel et bonne franquette d’un apéro dinatoire (modèle convivial) qui invite à picorer en fonction de ses envies, à multiplier les conversations et les formats d’échanges tout en partageant un moment festif et agréable en groupe ;

– la générosité réconfortante d’un repas traditionnel (modèle gastronomique) qui nous donne la sensation d’être accueilli(e) et de faire partie d’un groupe avec ses rituels, ses habitudes et ses souvenirs ;

– et la praticité de la food street (modèle industriel) qui, au-delà de nous dépanner quand le frigo est vide ou que la flegme s’installe, nous donne la sensation d’être libre, sans attache et un peu frondeur dans notre façon de manger.

Malgré nos préférences individuelles, nous combinons tous, avec plus ou moins de facilité, plusieurs de ces modèles. L’équilibre, c’est d’ailleurs de pouvoir naviguer avec fluidité de l’un à l’autre en fonction des situations et de ne pas se crisper sur une seule façon de faire. La clé en matière de bien-être relationnel (et de bien-être tout court d’ailleurs), c’est de s’ouvrir et de s’adapter à d’autres modes de fonctionnement. Intérêt pour la Cuisine Thérapie oblige, cette question de la posture du corps qui mange me paraît donc intéressante à explorer…. Et c’est ce que je vous invite à faire avec ce qui suit !

Auto-coaching

1/ D’abord, prenez le temps d’identifier vos comportements en mangeant :

– Etes-vous plutôt à manger par terre, sur une table basse, à table ou debout ?

– S’agit-il de réelles préférences ou bien d’habitudes et d’automatismes hérités du passé que vous n’avez peut-être pas pris la peine de requestionner ? On peut avoir du mal par exemple à manger ailleurs que confortablement installé à table si l’on n’en a jamais eu l’habitude étant enfant (voire même si c’était interdit). Ou au contraire s’évertuer une fois adulte à faire différemment de ce qu’on nous a toujours appris !

2/ Ensuite, essayez de comprendre et d’honorer vos contradictions apparentes

– Plus ou moins formels, codifiés et ritualisés, les repas ont des statuts bien différents en fonction des postures que nous adoptons. Ils témoignent de ce qui est important pour nous. Demandez-vous pourquoi vous préférez telle ou telle posture. Que privilégiez-vous : le partage d’une même nourriture ? Le fait d’être ensemble ? De prendre le temps ? La solennité d’un repas ? La liberté de manger sans contrainte, comme bon vous semble ?

– Dans quelle mesure vos préférences varient-elles en fonction des personnes avec qui vous partagez votre repas ?

– Rassurez-vous, il n’y a rien de paradoxal à avoir envie de rituels par moments et de rêver de pouvoir s’en délester à d’autres. J’adore par exemple que la table soit dressée quand j’arrive chez des amis, parce que cela me renvoie au fait que je suis attendue et accueillie, qu’on a mis les petits plats dans les grands pour moi. Et étonnamment, j’aime tout autant qu’on me demande où je veux manger avant de dresser la table parce que c’est pour moi le signe d’une certaine proximité. La posture à table témoigne aussi de la nature du lien qu’on entretient avec celui qui partage notre repas : il suffit que votre hôte casse les codes de bienséance et vous invite à manger dans sa cuisine pour que vous vous sentiez d’emblée faire partie de la famille !

3/ Enfin, observez votre capacité et votre facilité à jouer avec les différents modèles. Pour ça, une seule solution : expérimentez ! Essayez de manger ponctuellement à un endroit différent (faites par exemple migrer toute votre famille sur la table basse du salon si vous ne jurez que par le repas du soir dans la cuisine) et notez ce qu’il se passe.

– Que ressentez-vous ? Inconfort ? Peur ? Excitation ? Sensation de casser la routine ?

– En quoi les échanges avec les autres mangeurs sont-ils modifiés ?

– Observez votre capacité ou votre difficulté à modifier vos habitudes, un peu comme je vous avais invité à le faire au sujet de votre place à table et de la difficulté à la céder ou à en changer. Est-ce que ces résistances éventuelles font écho à d’autres domaines de votre vie ? Qu’auriez-vous envie de faire différemment ?

Comme vous le constatez, avec la Cuisine Thérapie, même les questions les plus anodines peuvent permettre de mieux se comprendre, de réinterroger et au besoin d’ajuster ses fonctionnements ! Ne vous privez pas de cette possibilité de mieux vous connaître !