Pique-nique - exploration de soi - profils de pique-niqueurs

Dis-moi comment tu pique-niques…..

Tout bien ressenti

La période des pique-niques est en train de démarrer timidement, même si la météo se fait encore farceuse. Je ne sais pas pour vous, mais moi j’adore le côté convivial et informel qui se dégage de ce repas si spécial.

Des origines variées

Plusieurs origines existent pour ce terme mais deux d’entre elles me séduisent particulièrement :

  • Au 17ème siècle, le pique-nique (ou plus exactement “faire un repas à pique-nique”) désigne un déjeuner en extérieur où chacun apporte sa contribution culinaire et où l’on picore des niques, c’est-à-dire des petites choses sans valeur. Déjà on voit poindre le côté sans prétention et informel de ce repas champêtre.
  • Pour d’autres, l’origine du terme est anglaise (vers 1870), et viendrait de pick, « saisir », et nick, « point » ou « instant ». Ici c’est l’idée de prendre le temps, de savourer un moment qui me séduit bien entendu. A noter, le pique-nique se différencie du casse-croûte (le terme arrive bien plus tard, avec l’accélération des rythmes citadins) qui consiste à manger sur le pouce. Au pique-nique la notion de temps qui s’étire, au casse-croûte la fonction utilitaire qui consiste à se sustenter rapidement !

Toujours est-il que la saison des pique-niques est pour moi une période pleine de promesses de jours qui rallongent, d’un rythme qui devrait ralentir et de convivialité bien sûr !

Que ce soit pour des raisons pratiques, économiques, logistiques ou gustatives (ce qu’ont en commun les pique-niques sur une aire d’autoroute, dans un train ou lors d’une randonnée), il existe pléthore d’occasions de pique-niquer ! Mais, cuisine thérapie oblige, celle qui nous intéresse ici, c’est le pique-nique dans sa dimension sociale, celui qu’on décide de faire plutôt qu’un restaurant ou un dîner chez des amis et qu’on organise avec plus ou moins de temps, de soin et d’intérêt d’ailleurs, ce repas où se partagent d’autres choses que des niques justement !

Qu’ont en commun ces différents pique-niques ?

Un moment informel et régressif….

Qui dit pique-nique, dit souplesse dans les manières de table mais aussi dans la qualité et le raffinement des mets. Il y a un côté informel et pas prise de tête dans ce repas champêtre. La cuisine y est souvent simple et tous les plats sont disposés à foison et se dégustent sans ordre précis, chacun faisant un peu ce qu’il veut. Il n’y a pas de protocole à observer, pas de règles si ce n’est celles du savoir-vivre (et manger) ensemble. Y règnent souvent un joyeux désordre et une absence de rigidité propices à la détente et la décontraction. Propice également à un plaisir régressif, celui de manger avec les doigts, de picorer ce qu’on veut et dans l’ordre qu’on veut, d’écouter ses envies, même les plus farfelues, de lâcher un peu avec les injonctions diététiques. Il y a un côté décomplexé et presque libertaire dans un pique-nique !

…où le relationnel prime…

Le pique-nique est souvent plébiscité pour son côté festif et convivial. Ce ne sont pas tant les efforts culinaires qui sont salués (ils sont au demeurant souvent dilués dans le foisonnement collectif des plats – on ne sait plus vraiment qui a fait quoi !) que la qualité des échanges et la bonne humeur de tous. A la différence d’un repas pris à table, le pique-nique offre par ailleurs la possibilité de changer facilement de place, de discuter avec plus de monde, de créer des sous-entités au sein du groupe, des moments de complicité chuchotée. Même mal installés, on prend le temps de se poser dans un pique-nique (à l’inverse de la street food où l’on mange souvent debout), de ralentir le rythme et d’approfondir les liens. Ou d’en créer de nouveaux à l’instar de Jacky Durand (dans son Voyage amoureux dans la cuisine des terroirs) qui observe que « les provisions de bouche se révèlent d’efficaces adjuvants relationnels dans les trains». Les conversations démarrent sur le sujet de la nourriture et, la proximité physique aidant (ne pas avoir la distance symbolique d’une table entre deux personnes et partager le plaid de quelqu’un), elles dérivent assez rapidement sur des choses souvent plus intimes.

….. et où l’on partage plus que de la nourriture !

Lors d’un pique-nique, le partage des victuailles est de mise, en principe en tout cas. Jacky Durand souligne malgré tout que « le pique-nique est aussi devenu une forme d’allégorie de cette bouffe de rue peuplée d’individualismes qu’est notre bectance contemporaine. On mange ensemble mais en apportant chacun ses zakouskis, son casse-dalle que l’on met en commun ou non ». Fort heureusement, c’est quand même encore le principe initial de contribution collective qui prime. Même lorsqu’on apporte ses plats préférés, même lorsqu’on est contraint par un régime spécifique, il est de bon ton d’en prévoir plus et d’être disposé à les partager avec d’autres. La logique du chacun pour soi serait contraire à l’idée de contribution collective propre au pique-nique. Et c’est d’ailleurs cet engagement implicite de chacun, cette quête pour apporter quelque chose de savoureux pour soi mais aussi pour le groupe, cette envie de partager un plat qui nous tient à cœur qui fait le succès des pique-niques : des mets appétissants, pour tous les goûts, qui laissent à chacun la liberté de faire ses choix, de doser en fonction de ses envies, de son appétit ou de ses convictions alimentaires ! Le pique-nique est en cela fédérateur et rassembleur car le manger ensemble redevient possible, malgré les spécificités alimentaires des uns et des autres.

Evidemment, la façon qu’a chacun d’organiser et de vivre son pique-nique peut en dire long sur sa personnalité et sur sa façon d’être aux autres !

Différents profils de pique-niqueurs

  • Ceux qui viennent chargés de victuailles et ceux qui se contentent du strict nécessaire.
  • Ceux qui se font fort d’apporter leurs spécialités et de cuisiner des plats maison, ceux qui se contentent d’un sandwich ou d’une salade de pâtes achetée à l’arrache au supermarché du coin et ceux qui prennent des plats chez le traiteur.
  • Ceux qui sont super équipés et ne sortent pas sans leur panier à osier ou leurs Tupperwares, ceux qui ne viennent jamais sans leur verre à pied et ceux qui trimballent leurs agapes dans un sac en plastique.
  • Les organisés, qui pensent à tout des serviettes au tire-bouchon en passant par le thermos de café et la glacière, et ceux qui comptent sur les autres groupes alentours pour se faire dépanner.
  • Ceux qui prévoient des choses équilibrées et composent un menu, ceux qui viennent avec le dessert, ceux qui craignent qu’il n’y en ait jamais assez, ceux qui vantent les vertus de la salade de lentilles….

Organisé, perfectionniste, généreux, dépendant, maternant, radin, militant, altruiste, pique-assiette…. toutes les personnalités se dévoilent au sein d’un pique-nique. Bizarrement, ce mélange improbable et désordonné n’empêche pas que les victuailles s’équilibrent naturellement, sans qu’il y ait eu besoin de concertation et de planification en amont. La magie du groupe et du faire et vivre ensemble sans doute ?!

 

Crédit photo : L’Express Styles

Makinadjian

Cela me rappelle certains déjeuners de juin en pleine semaine scolaire ou avec ma soeur et ma mère on décidait de pique niquer dans notre jardin car le soleil nous y invitait chaleureusement! C était des déjeuners toujours très animés même si on n était que toutes les 3, un moment de fête ou on mangeait avec les doigts …différents des déjeuners classiques dans la cuisine…c était y a plus de 30 ans et je m en souviens parfaitement !!

    Emmanuelle de Cuisine Thérapie

    Tiens, c’est vrai, pique-niquer dans son jardin, c’est aussi dépaysant et subversif qu’en plein milieu d’une forêt ou au sommet d’une montagne… Tout dépend de la convivialité qu’on y met 🙂 Merci pour ce rappel essentiel !

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