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Les révélations du premier petit-déjeuner à deux !

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Je viens de terminer Petit éloge du petit déjeuner de Thierry Bourcy, et comme beaucoup de lecteurs, j’ai aimé ce livre léger, savoureux et empli de souvenirs sur ce repas très particulier qu’est le petit-déjeuner. Souvent plébiscité, voire considéré par certains comme le repas plus important de la journée, le petit-déjeuner n’avait bizarrement jusque alors pas fait l’objet d’attentions particulières. Sur le plan éditorial en tout cas, car on ne compte plus évidemment les recommandations diététiques et croyances profondes qui entourent ce repas.

Partager le petit-déjeuner, c’est partager bien plus qu’un repas

C’est l’argument central de Thierry Bourcy et je suis foncièrement d’accord avec lui bien sûr ! Le petit-déjeuner est comme il le dit si bien « le plus intime des repas et ne se prend pas avec n’importe qui ». Moment de transition entre la nuit et la journée, entre le sommeil et l’action, c’est un entre-deux où l’approximation des gestes et l’état de langueur règnent en maîtres. Le ralenti du petit-déjeuner permet de rapprocher les mangeurs et de partager un moment d’intimité. Il est d’ailleurs souvent caractérisé par l’absence de masque social : on s’y montre peu ou prou tel que l’on est, sans fard au sens propre (parfois même avant d’être passé par la case douche) comme au figuré. Passage obligé ou véritable cérémonial, le petit-déjeuner est aussi le révélateur des obsessions et des manies de chacun, et le questionnaire auquel s’est prêté l’entourage de l’auteur permet de cerner les rituels qui accompagnent ce repas loin d’être anodin.

Et pourtant, ce livre m’a laissée sur ma faim car il n’aborde pas suffisamment, selon moi, le premier petit-déjeuner avec quelqu’un, peu importe que ce quelqu’un soit un amoureux ou un ami et que le repas se prenne chez soi ou chez l’autre. Que se joue-t-il en effet dans cette rencontre si particulière qu’est le démarrage d’une relation (sentimentale ou amicale) et dans quelle mesure le petit-déjeuner nous permet d’apprendre à connaître l’autre ?

Des éclairages sur le rythme de l’autre

Prendre un premier petit-déjeuner avec quelqu’un, c’est déjà toucher du doigt certains de ses besoins :

  • A-t-il le réflexe d’allumer la radio ou préfère-t-il rester dans le silence ? Préfère-t-il la pénombre ou la pleine lumière ?
  • Quel est le premier geste avant ce petit- déjeuner ? Fumer ? Ouvrir les rideaux et regarder le ciel ? Aérer la pièce ? Rallumer son portable et se reconnecter aux réseaux sociaux ?
  • Demeure-t-il mutique ou se lance-t-il dans un bavardage innocent, étourdissant ou une discussion sérieuse ?
  • Est-il déjà dans la planification et l’organisation de la journée ? Semble-t-il détendu ou préoccupé ?
  • Comment cet autre prend le petit-déjeuner habituellement (sans vous donc) : en solitaire, pour se ressourcer avant d’affronter la foule et le monde réel ? A l’arrache pour profiter de quelques minutes de sommeil en plus ? Ou en lui accordant du temps quitte à se lever plus tôt ?

A n’en pas douter, le premier petit-déjeuner permet de mettre en évidence des différences de rythmes entre ceux qui ne sont pas réveillés tant qu’ils n’ont pas pris leur café et ceux qui sont tout de suite dans le dialogue, ceux qui ont besoin de paresser et de prendre le temps et ceux qui se jettent dans l’action…

Ces différences sont d’autant plus visibles qu’il est communément admis que chacun fait selon ses préférences individuelles au petit-déjeuner. Pas de formalisme, c’est en effet l’unique repas de la journée où l’on n’est pas tenu de manger comme l’autre, où il est permis de faire exactement selon ses goûts. Pas de panique, les différences de rythme, si elles existent, ne sont évidemment pas rédhibitoires !

Cerner la philosophie de vie de l’autre

La philosophie, tout de suite les grands mots ! Parlons de façons de vivre si vous préférez. Toujours est-il que ce premier petit-déjeuner est révélateur de comment on accueille l’autre. Au-delà de la classique question « thé ou café ? », comment s’enquiert-on des envies de l’autre et comment enregistre-t-on cette information et prévoit-on mentalement (ou pas) d’y répondre à l’avenir. Telle cette amie qui stocke toujours une certaine marque de biscottes pour m’en régaler à chacun de mes passages chez elle, alors qu’elle n’en consomme pas à titre personnel ! Partager un petit-déjeuner, c’est réellement selon moi accueillir l’autre, et c’est sans doute la raison pour laquelle j’adore savourer un petit-déjeuner en chambre d’hôtes. J’y lis (sans doute trop hâtivement) la générosité et le sens de l’accueil de la personne qui l’a concocté :

  • classique, triste et sans surprise, et me voilà qui projette un manque de motivation et une tâche faite sans plaisir et en pilotage automatique,
  • original, fait maison et/ou à base de spécialités régionales, j’en tire des conclusions sur l’amour du métier de mon hôte et sa volonté d’accueillir dignement ses visiteurs.

Une (première) découverte des manies et rituels de l’autre

Le premier petit-déjeuner, c’est aussi identifier et toucher du doigt les manies  et habitudes alimentaires de l’autre. En cela, ce repas fait écho à la place à table, à tous ces rituels, parfois inconscients, que l’on met en œuvre pour rester dans une zone de confort et se rassurer. Chacun de nous a en effet ses routines en matière de petit-déjeuner, même ceux qui pensent ne pas en avoir. Toujours identique, immuable à travers le temps ou au contraire jamais pareil, le petit-déjeuner peut aussi varier selon des phases (la période céréales après la période pain grillé) ou des saisons. Il devrait idéalement être adapté à ses envies et son appétit du moment, quitte à ne pas en prendre si la faim n’est pas au rendez-vous (non, ce n’est ni un sacrilège ni un risque inconsidéré pour la santé ou la qualité de concentration de faire l’impasse sur le petit-déj !).

Petit-déjeuner avec l’autre, c’est donc s’adapter, faire preuve de souplesse et être en capacité de modifier (ne serait-ce que temporairement !) ses routines matinales. C’est aussi accepter l’autre dans ses façons de faire différentes, mettre de côté ses petites manies voire ses rigidités quant au bon usage des cuillères à confitures ou à la manière idoine de faire infuser le thé ! Mais pour ce faire, il est nécessaire au préalable d’assumer ses vulnérabilités et ses zones d’ombres et d’être au clair avec ses petites maniaqueries.

Intimité, année zéro

Lorsqu’on prend le petit déjeuner avec quelqu’un pour la première fois, se pose évidemment la question de la tenue (plus ou moins naturelle, avec ou sans maquillage…) dans laquelle on accepte de se montrer à l’autre. Enfiler des vêtements décontractés d’intérieur, rester en mode pyjama ou chemise de nuit ou remettre les vêtements de la veille, passer obligatoirement par la case douche… tous ces gestes sont évidemment tributaires des circonstances intrinsèques dans lesquelles on prend ce petit –déjeuner (et du temps qu’on peut lui accorder tout comme du lieu où on le prend) mais pas seulement bien sûr.

Nous avons de toute évidence chacun nos préférences, notre facilité à dévoiler (ou non) notre intimité à l’autre. Au-delà de la tenue vestimentaire, comment nous apprêtons-nous à gérer ce sas de transition, ce moment de calme où l’on peut être amené à rester dans le silence et parfois l’inconfort, le temps de se mettre au diapason de l’autre, de s’harmoniser avec son rythme ? Comment savourons-nous ces premiers souvenirs qui sont en train de se façonner ? Dans quelle mesure parvenons-nous à rester authentiques et naturels, fidèles à ce que nous sommes sans notre masque social ?

 

Prendre le premier petit-déjeuner avec quelqu’un, que cette personne soit encore une fois un ami ou un amoureux, c’est finalement presque un moment de vérité ! Si l’on en croit Jacky Durand (dans Voyage amoureux dans la cuisine des terroirs), « les histoires d’amour commencent à table (…), et le premier petit-déj à deux, c’est un peu comme plonger du haut de la falaise : ça passe ou ça casse » ! C’est en tout cas un moment fondateur… dont on se souvient précisément pour certains, confusément pour d’autres, mais qui laisse une trace et donne une couleur à ce qui va suivre. Qu’il « célèbre avec optimisme la naissance d’une nouvelle journée » comme le dit Thierry Bourcy ou qu’il soit le témoin d’une nouvelle relation, le petit-déjeuner a quelque chose de sacralisé. Heureusement, sans jamais rien perdre de sa gaieté !

 

Nath Makinadjian 4 août 2016

Excellent ce billet sur le petit déjeuner ! Succulent je dirais ! Merci Papilles Créatives

    wpapilles 4 août 2016

    Merci Nath 🙂 Bises et à très vite !

Hervé 1 septembre 2016

Beaucoup aimé ce billet à propos du moment privilégié qu’est le petit déj !
Merci Emmanuelle

    wpapilles 1 septembre 2016

    Merci Hervé, contente qu’il t’ait plu 🙂
    Il se passe (et on apprend) tant de choses sur ce repas si particulier !

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