Sans recette - Improvisation culinaire - Stop Chef

Sans recette…. et sans règle ?

Réflexions culinaires

« Je voudrais être un jour capable de suivre une recette », voici la confidence qu’une des participantes m’a livrée alors que je venais de terminer une semaine de formation en Relation d’Aide. C’est dire l’enjeu qui peut se cristalliser autour des recettes. Car qu’est-ce qu’une recette si ce n’est une règle transmise, une description détaillée de la façon de préparer un mets et une méthode empirique pour atteindre un résultat. Bref une formule éprouvée et communément admise, qu’il est de bon ton de suivre pour réussir un plat. La recette porte en elle la notion de résultat et de cadre à respecter.

Recette rassurante ou inhibante ?

Pas étonnant dès lors qu’elle soit rassurante pour certains : elle permet en effet d’avancer pas à pas en se sentant accompagné et épaulé dans son cheminement et limite les risques de plantage. Voire même nous en dédouane tant le fait de suivre scrupuleusement une recette (et de prendre connaissance de la pléthore de commentaires qui la complète) permet de ne pas endosser le risque si le résultat n’est pas à la hauteur (le fameux « pourtant j’ai suivi la recette à la lettre ! » qui disculpe le cuisiner et incriminerait presque la recette). Pour d’autres, la recette est appréhendée comme une invitation à se lancer, un prétexte pour démarrer sachant qu’ils s’autoriseront quelques libertés au gré de leur inspiration et de leur créativité.

Pour d’autres enfin, l’obligation de suivre une recette peut tout bonnement annihiler toute envie de se mettre en cuisine. Quelles que soient les raisons (peur de mal faire, peur de rater ou peur d’être jugé), ces personnes préfèrent se lancer librement, quitte à se planter. Foncièrement spontanés et à l’écoute de leur créativité, certains clients sont capables de se lancer par exemple dans un carpaccio de courgette et de se demander en chemin si ce légume peut se manger cru. La preuve s’il en était besoin que l’élan culinaire peut être purement intuitif et complétement dénué d’a-priori. A la question de l’improvisation culinaire, certains chefs répondent qu’il faut laisser de la place au hasard en cuisine, à ce “savant mélange entre technique et spontanéité, maîtrise et créativité”. A mon sens pourtant, l’improvisation n’est pas réservée à ceux qui sont déjà familiers à l’environnement culinaire, tout le monde peut se lancer à son niveau à partir du moment où l’on prend le temps de goûter et d’ajuster sa création en cours de route. Il est peut-être même plus facile de se lancer quand on débute et qu’on n’a aucun a-priori sur ce qu’il se fait ou pas, mais juste le désir de tester en écoutant son envie (comme cette fameuse salade de potimarron cru).

A n’en pas douter, les personnes qui n’aiment pas suivre une recette sont globalement plus tournées vers l’action immédiate et plus enclines à expérimenter. Cette posture ne nécessite pas tant de se faire confiance d’ailleurs que d’accepter de faire des erreurs et de ne pas être focalisé sur le résultat final.  C’est la faculté comme on dit « d’avancer en marchant », de se lancer et de mobiliser ses capacités d’adaptation et d’ajustement au fur et à mesure. Accepter de tâtonner et de ne pas faire bien du 1er coup sont dès lors des prérequis. Tout comme se laisser surprendre, ne pas savoir à l’avance ce que cela va donner. Ainsi cette cliente qui témoigne que « lorsqu’on suit une recette, on a toutes les chances d’être déçu. Quand on fait sans recette, c’est la surprise à l’arrivée ».

Mais ne pas aimer voire refuser de suivre une recette témoigne aussi de la difficulté à rentrer dans un cadre, à suivre un processus figé et donc normatif. Ces personnes peuvent appréhender de devoir respecter les règles parfois strictes ou en tout cas formelles qu’induit parfois la préparation de certains plats ou de pâtisseries. Ainsi cette cliente à l’aise dans la cuisine Papilles Créatives car elle s’est sentie « libre, pas bridée ni paralysée par le fait que ça n’allait pas aller ». Pétrie de croyances négatives concernant mes capacités artistiques, je suis personnellement bien plus à l’aise avec la peinture à doigts qu’avec un pinceau entre les mains ! Le simple fait d’avoir un outil me donne l’impression qu’il y a un mode d’emploi à suivre, et donc un risque de ne pas faire « comme il faut ». Sans outil, je me sens tout de suite plus connectée à mes ressentis, plus spontanée dans mon exploration et moins dans le mental.

Auto-coaching

Que l’on refuse de suivre une recette ou qu’on ne puisse pas cuisiner sans en dit long sur notre façon d’aborder la cuisine et sur notre tempérament culinaire. Prenez le temps de vous observer cuisiner, de noter vos éventuels changements de comportement dans votre façon de faire avec ou sans recette, d’identifier votre aptitude à laisser libre cours à votre créativité, de relever avec bienveillance et humour vos paradoxes. Sans recette,

  • vous avez peur du vide et vous sentez exposé à la peur de rater ou vous êtes plutôt stimulé, challengé avec une furieuse envie de vous lancer un défi ?
  • vous vous sentez pris au dépourvu ou vous avez au contraire l’impression d’être le roi du monde, libre de faire comme bon vous semble, sans contrainte et sans risque d’être jugé ?
  • vous vous félicitez de pouvoir savourer librement la magie d’une activité manuelle – où l’on débranche complètement le mental- ou vous avez l’impression de mettre votre cerveau au chômage technique tant vous êtes accro à la nécessaire concentration et aux capacités cognitives qu’exige le fait de suivre une recette de cuisine ?
  • …..

N’hésitez pas à explorer ces questions, je suis sûre qu’elles vous délivreront des messages intéressants sur votre personnalité !

 

Interroger sa relation à la cuisine pour mieux se connaître ?

Cuisiner, un acte banal ? Peut-être mais aussi une occasion de mieux se connaître !