TOCs alimentaires - comportement - rituel

Nos maniaqueries et TOCs alimentaires

Réflexions culinaires

TOCs alimentaires : tous concernés !

Une enquête mise en œuvre par Marmiton auprès de ses fidèles internautes m’a interpellée il y a quelques jours. Elle a trait aux différents TOCs alimentaires, ces comportements que nous mettons en place quand il s’agit de manger, qui peuvent virer à l’obsession et dont il est difficile de se détacher. Marmiton dégage 10 profils que je reprends ici, mais je vous invite à aller les explorer dans le détail (certains témoignages sont vraiment…. étonnants !) :

  • Manger dans un ordre bien précis: il s’agit bien sûr des mangeurs qui suivent toujours la même routine, le même ordre pour déguster leur plat ;
  • Les mangeurs décomposés: ceux qui décomposent les aliments et les mangent partie par partie (le fameux biscuit au chocolat que l’on déshabille intégralement avant de déguster son cœur en chocolat par exemple) ;
  • On ne mélange surtout pas: ceux qui mangent les légumes avant d’attaquer la viande ou inversement ;
  • Manger en (tous) petits morceaux: ceux qui ont besoin de couper tout leur plat en petites portions avant de commencer à manger ;
  • Manger oui mais dans le bon sens alors: ceux qui ont des idées bien précises sur comment on attaque un sandwich par exemple ;
  • Manger partiellement les aliments: ceux qui laissent systématiquement un petit quelque chose dans leur assiette, un quignon de pain… ;
  • Manger avec le nez: ceux qui flairent leur assiette avant de déguster ;
  • Les mangeurs maniaques: perfectionnistes voire obsessionnels, ceux qui ont besoin que les choses soient faites à leur idée avant de manger ;
  • Les mangeurs fétichistes qui rajoutent systématiquement le même ingrédient à leur plat ;
  • Les Inclassables, catégorie un peu fourre-tout…. pour tous les autres !

Evidemment, on pourrait continuer ces catégories à l’envi avec ceux qui ne peuvent pas manger le dessert dans l’assiette à fromages, ceux qui décortiquent les crustacés en entier avant d’en porter le moindre morceau à la bouche, ceux qui ne peuvent pas terminer un repas sans une note sucrée, ceux qui terminent ou commencent leur assiette par ce qu’ils préfèrent,  ….

Ces petites maniaqueries n’ont bien sûr rien à voir avec les principes alimentaires scrupuleusement respectés :

  • soit parce qu’il s’agit de règles strictes, voire d’interdits, qu’on s’édicte pour soi, ces règles auxquelles on ne veut pas déroger pour des raisons diététiques, santé, environnementales, religieuses ou des convictions personnelles ;
  • soit parce qu’il s’agit de traditions culturelles : manger avec la main gauche ou planter ses baguettes dans son bol à riz font ainsi partie des choses qui ne se font pas dans les cultures alimentaires asiatiques, et l’ensemble du groupe souscrit à cette règle.

Des habitudes personnelles, rassurantes et intimes

Non, il s’agit ici des habitudes strictement individuelles, qui dénoteraient d’ailleurs dans notre groupe social pour un observateur vigilant, de nos tics voire de nos TOCs ou plutôt, tournons-le positivement, de nos préférences alimentaires. Loin d’être obsessionnelles ou maladives, ces petites maniaqueries, ces bizarreries sont plutôt des arrangements personnels qui nous rassurent. Telles un rituel, elles codifient notre façon de faire, crée du connu et des points de repère dans nos comportements alimentaires. Héritées de traditions et de reproductions de schémas familiaux, ces habitudes sont plus souvent, j’en suis sûre, créées de toutes pièces par soi-même, comme des routines qui nous rassurent voire nous structurent. Routines qui peuvent donc être étonnamment éloignées de ce qui se pratique dans notre famille d’origine.

Souvent qualifiées d’enfantines parce qu’elles renvoient aux bizarreries des petits (lorsqu’ils chipotent, trient ou analysent de près leurs aliments), et notamment aux stratégies qu’ils mettent en place autour de l’assiette pour contrer leur néophobie alimentaire (cette réticence face aux nouveaux aliments), ces maniaqueries sont surtout singulières et touchantes. On ne sait pas d’où elles viennent, il s’agit de comportements qu’on ne contrôle pas vraiment, on peut difficilement faire sans mais c’est un peu notre marque de fabrique. Nos bizarreries ont un petit côté identitaire ! C’est une facette de notre personnalité que nos proches se remémorent avec tendresse ou nostalgie.

C’est en effet une autre caractéristique de nos maniaqueries alimentaires ! Elles peuvent passer inaperçues si l’on n’y prête pas attention : on s’arrange souvent pour faire les choses discrètement d’ailleurs, pas tant que l’on en ait honte mais on se rend compte sans doute du côté grotesque, caricatural, décalé ou tout simplement risible de nos TOCs. On accepte éventuellement de les révéler à notre garde rapprochée, à ceux avec qui l’on se sent bien. C’est du reste le signe qu’on se connaît bien et qu’on partage déjà une certaine forme d’intimité quand l’autre les a repérées et les tolère avec bienveillance !

Petite confidence

Maintenant qu’on se connaît mieux, je vais vous faire la confidence de 3 de mes bizarreries alimentaires (j’en ai évidemment bien plus que 3 !), 3 rituels et habitudes que je vis bien mais dont j’ai du mal à déroger :

  • J’aime manger avec le nez: je suis contente d’avoir identifié ce profil dans les catégories Marmiton, je me sens moins seule du coup ! J’ai moi-aussi la manie de flairer tous mes plats. Cela n’a évidemment rien à voir avec une quelconque méfiance, c’est juste que je suis très sensible aux odeurs et que j’aime sentir les arômes, commencer à saliver et me préparer à la dégustation. Il me semble que cette étape est indispensable pour mieux savourer tout simplement. Evidemment, je sais me faire discrète au restaurant ou lorsque je suis invitée à dîner !
  • Il m’est quasi impossible de manger en marchant: j’ai toujours été très intriguée par ces gens qui mangent tout en se baladant ou en faisant leurs courses et je suis très surprise de l’ampleur du succès du phénomène food trucks. Je crois que je ne suis définitivement pas multi-tâches ! Il m’arrive très souvent d’acheter une pâtisserie et de rentrer la déguster chez moi, à l’assiette avec des couverts et au calme.
  • Je ne supporte pas de boire du vin dans un autre contenant qu’un verre à pied! J’ai beau le tourner dans tous les sens, je ne sais pas d’où cela vient, dans la mesure où cela n’a rien de familial. Je ne crois pas non plus qu’il s’agisse de snobisme.  Mais juste de l’envie de déguster vraiment, car pour moi, le vin est une fête. Evidemment, je sais me montrer plus souple à l’occasion des pique-niques, où les gobelets en plastique peuvent faire l’affaire (je connais des gens qui viennent avec leur verre mais je n’en suis pas encore là !), mais je crois que le plaisir des sens est alors moindre, et c’est la convivialité du moment qui prend le dessus.

Auto-coaching

Et vous, quelles sont vos maniaqueries alimentaires ?

Prenez le temps de les identifier et de vous demander d’où elles viennent ?

Comment les vivez-vous ? Quelles sensations et émotions vous inspirent-elles ?

Votre entourage en est-il conscient ?

En quoi vous sont-elles utiles ? Que vous apportent-elles ?

Pourriez-vous faire différemment ?

 

La photo, c’est un flan de la boulangerie Léonie dans le 17ème que je déguste religieusement (assise et avec des couverts donc !) et régulièrement chez moi.

Makinadjian

Très bien ce nvel article qui nous questionne comme toujours !
Je vous confie mes tocs ou rituels (ce terme est qd même plus positif ) : boire du vin ds un verre à pied en verre… (même raison que celles évoquées ) et j aime terminer mon assiette par la meilleure bouchée ! Donc qd je fais goûter aux autres, c est plutôt au début de la dégustation (à bon entendeur ! Mes proches le savent ) Et un dernier : j ai du mal à supporter de laisser des aliments ds mon assiette..le syndrome “finis ton assiette” mélangé avec une envie de ne pas gaspiller ! Et après la lecture de cet article je suis en train de repérer les rituels de mon entourage…c est plutôt amusant !

    Emmanuelle de Cuisine Thérapie

    Merci de ce retour Nath !! Identifier les TOCs alimentaires de nos proches (et s’amuser à les lister et les faire deviner à l’autre), une bien jolie façon de partager une intimité avec eux 🙂

le “choix” du verre à pied pour le vin ? il m’est bien familier aussi… sinon, je bois de l’eau 🙂

    Emmanuelle de Cuisine Thérapie

    Pareil, aucun intérêt sinon !
    Mais c’est fou comme cela peut être perçu comme une maniaquerie voire du snobisme de réclamer un verre à pied à quelqu’un qui n’en prévoit pas un spontanément !!

Marie

Bravo pour cet article. Du coup je m’interroge sur mes tocs. J’en ai un bien ancré depuis toujours je crois. Face à un bol de cacahuètes, de noix de cajou, d’amandes, je vais systématiquement rechercher les cassées, celles qui sont séparées, afin de laisser les entières pour les autres. Je fais pareil avec les biscuits, les gressins, je mange ceux qui sont brisés et je laisse les intacts, les entiers au choix de mes invités.

    Emmanuelle de Cuisine Thérapie

    Chouette que tu t’interroges, c’est le but de cet article 🙂
    Ce n’est pas la première fois que j’entends parler de ce joli TOC…. qui en dit long au passage sur ton envie de faire plaisir aux autres, ce qui est tout à ton honneur ! C’est important, tu penses, que tes invités mangent les noix de cajou entières ? Cela ferait quoi si ce n’était pas le cas ?

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