Et la galette des rois, ça révèle quoi ? - Cuisine Thérapie

Et la galette des rois, ça révèle quoi ?

Réflexions culinaires

galette des rois

L’épiphanie, c’était ce week-end…. et parce que ce mot signifie aussi “une prise de conscience soudaine et lumineuse de la nature de quelque chose” (selon le Larousse), j’ai eu envie de m’interroger sur ce cérémonial qui a nécessairement du sens. Qu’est-ce qui fait qu’on mange de la galette et qu’on tire des rois tous les ans, et qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire de nous ? Quelques pistes grâce à la Cuisine Thérapie !

Un rituel rassurant

La galette est évidemment un rituel qui sert de repère, ponctue et rythme le début de l’année. Comme tous les rituels, il permet de signer notre appartenance à un groupe, de donner un sentiment de cohésion par le biais de traditions et de coutumes à respecter. Il nous permet d’observer et de respecter un cérémonial précis (la galette partagée en parts égales, le plus jeune sous la table qui désigne à qui sont destinées les différentes parts, le roi ou la reine à désigner…), sans nous poser de questions. La galette une fois par an, ça quelque chose d’automatique et de familier, à tel point que certaines personnes, qu’elles aiment ou pas le gâteau en lui-même, n’imagineraient pas s’en passer !

Un moment festif et symbolique

La bûche à peine terminée, le rituel de la galette début janvier vient clôturer en quelque sorte les fêtes de fin d’année. Déguster la galette et tirer les rois permet presque de “retenir” l’esprit de Noël, de le prolonger avec une touche de magie avant de passer à la Chandeleur.  C’est finalement un entre-deux, presque un sas entre la fin de quelque chose et le début d’autre chose, ce que les pâtissiers ont du reste bien compris car la période de la galette s’étire sur un temps de plus en plus long pour permettre à chacun de vivre ce rite initiatique. A noter que la galette est également identitaire, elle signe notre spécificité culturelle et régionale puisqu’on ne mange pas la même partout en France (ce qui est au passage l’occasion pour beaucoup de débattre sur ce qu’est la “vraie” galette des rois !).

Un moment régressif

Bien sûr, la galette des rois a un côté régressif à souhait, par  sa dimension « je ne décide pas (de la taille de la part, de mon souhait d’en manger), je m’en remets à la tradition » mais aussi par l’inversion des rôles à laquelle elle invite. Ce sont les enfants qui décident du sort des adultes : les parts équitables (et souvent généreuses) sont réparties aléatoirement par une main innocente, et le hasard du tirage au sort nous dédouane de faire un choix en tant qu’adultes. La galette résonne clairement pour certains comme un « plaisir coupable » : à la fois grasse et sucrée, elle agit comme un pied de nez aux injonctions diététiques ! Elle nous replonge dans l’enfance et dans la toute-puissance et la pensée magique. Pendant une journée, nous pouvons croire que tous nos désirs seront exaucés en tant que roi / reine du jour.

Une invitation à s’interroger sur soi

La galette des rois est à la fois prétexte et enjeu d’éducation (ou de développement personnel pour les adultes !).  Elle est une invitation à accepter de perdre (ou du moins, à ne pas toujours gagner), à faire preuve d’autonomie pour choisir (son roi / sa reine et plus globalement assumer ses envies), à se réjouir pour l’autre, et finalement à accepter ce qui est. A tel point qu’il est intéressant de noter que certains parents sont scrupuleux des règles quand d’autres s’autorisent à tricher pour laisser la fève aux plus jeunes enfants et protéger ainsi – temporairement – leur progéniture de la déception de ne avoir ce qu’ils veulent. Parce qu’elle est à la fois un rituel très sérieux et ludique, voire trivial / loufoque (la fève en plastique, la couronne en carton, autant d’attributs statutaires de pacotille !), elle invite aussi tout simplement à s’interroger sur soi, à relativiser et prendre de la hauteur sur ce qu’on est en train de vivre.

A bien y réfléchir, je me dis que la galette des rois serait presque une métaphore de la vie, non ?

 

Crédit photo : www.saraelman.com