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Notre assiette et nous ?

Tout bien ressenti

Nous en avons déjà un peu parlé, notamment avec l’article « Finis ton assiette ! » (au passage, une étude récente révèle que cette injonction entendue dans l’enfance – dans le but d’éviter le gaspillage – favoriserait l’obésité) : notre façon de manger est révélatrice de nos comportements à table…. et pas seulement. Intérêt pour la cuisine thérapie oblige, ces habitudes à table méritent en effet toute notre attention, tant elles éclairent aussi nos comportements dans d’autres domaines de notre vie….

Voici donc un petit tour de piste des questions utiles à se poser quand il s’agit de remplir, déguster et se séparer de son assiette. Loin de moi l’idée de délivrer des réponses toutes faites, je vous invite seulement à vous prêter à une auto-observation avec bienveillance. Avec un seul objectif : explorer les raisons qui sous-tendent nos choix, identifier d’éventuelles manies ou TOCs alimentaires (nous en avons tous !), bref mettre un peu de conscience dans nos façons de faire.

Avant de se lancer, et pour simplifier les cas de figures, partons du principe qu’on mange tous dans une assiette (ou un bol, le contenant n’a finalement que peu d’importance). Exit donc ceux qui mangent dans le plat (pire, à même la casserole), sans prendre le temps de dresser la table (voire sans faire réchauffer leur nourriture) et qui mériteraient bien sûr eux aussi de s’interroger (entre autres) sur leurs pratiques culinaires. Contentons-nous ici de celles et ceux qui se servent d’une assiette pour prendre leur repas.

Au moment du service

  • Est-ce qu’on sert l’autre ou est-ce qu’on fait passer le plat ? Je suis toujours surprise de ces familles où chacun se sert et où le plat passe (souvent inconfortablement ou périlleusement d’ailleurs) de mains en mains. Dans la mienne (famille nombreuse oblige ?), il y en a au contraire toujours un qui se lève (tiens, d’ailleurs, prendre de la hauteur donne-t-il une certaine solennité à ce geste qui consiste à nourrir l’autre ?….), une fois le plat posé sur la table, pour servir les autres et s’enquérir de leur choix. Désarçonnant donc pour moi d’être confrontée à une table où le rituel est au « chacun se sert », même si j’ai bien compris que cela n’avait rien à voir avec un côté « chacun pour soi » ou une quelconque tentative d’ignorer l’autre.
  • Dans la logique de servir l’autre, s’est de plus en plus développé ces dernières années le service à l’assiette, y compris quand on reçoit chez soi. Faut-il y voir une volonté de raffiner et de sophistiquer les plats ? Une envie de soigner la décoration en amont ? Une façon d’éviter les tentations d’une deuxième assiette ? Voire le besoin de contrôler la nourriture qu’on met à disposition ? Il est rare en effet qu’on propose de resservir quand le service s’est fait à l’assiette…. Mais n’est-ce pas un peu arbitraire (autoritaire ?) de considérer que tous les convives ont les mêmes envies et les mêmes besoins ?
  • Se sert-on en premier ? Ou passe-t-on son temps à loucher sur ses morceaux préférés ? Au contraire faisons-nous en sorte de demander d’abord les préférences de chacun, quitte à « se sacrifier » (oui, je sais, tout de suite les grands mots !) et à ne plus avoir ce qui nous convient, en faisant passer les autres avant nous ?

Au moment de la dégustation

  • Comment attaque-t-on son assiette, par quoi commence-t-on ? Par ce qu’on préfère, histoire d’être sûr de le manger, par fidélité avec le fameux proverbe « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » ? Par nos aliments préférés de peur que l’appétit flanche en cours de route (et parce que, est-ce utile de le rappeler, les premières bouchées sont toujours les plus savoureuses) ? Ou en gardant le meilleur pour la fin parce qu’on préfère se réjouir et/ou se faire languir de ce qui reste ? Mais gare alors à celui qui ose nous demander à goûter alors que notre assiette est presque vide !
  • En dégustant ou à toute vitesse ? Est-ce qu’on prend le temps d’apprécier visuellement son assiette, voire de la flairer avant de se lancer dans la dégustation ? Ou se jette-t-on littéralement dessus ? Mange-t-on vite par habitude ou par manque de temps ? Parce que ce sera fait et qu’on n’a pas de minutes à perdre avec le fait de passer à table ? Est-ce la peur de se faire envahir par l’autre (notre assiette jouant symboliquement le rôle de territoire) qui nous incite à nous comporter ainsi ? Ou plus prosaïquement notre envie de manger chaud et la peur que le plat ne refroidisse ? Le fait-on par envie d’engloutir et/ou de se remplir ? Ou encore pour éviter de parler aux autres convives en piquant du nez sur l’assiette ?
  • Quels sont nos rituels de table avec notre assiette ? Faisons-nous partie de ceux qui mangent dans un ordre bien précis ? De ceux qui ont besoin de couper tout leur plat en petits morceaux avant de commencer à manger ? De ceux qui laissent systématiquement un petit quelque chose dans leur assiette ? Mangeons-nous en associant les différentes parties du plat entre elles ? Sommes-nous au contraire réfractaires à mélanger et préférons-nous goûter séparément pour déguster les différentes saveurs ? A quel point sommes-nous maniaques, perfectionnistes voire obsessionnels quand il s’agit de notre assiette ?

Au moment de la fin du repas

  • Est-ce qu’on débarrasse et qu’on change d’assiette entre les plats ? Ou se contente-t-on de la rincer et/ou de saucer ? Le fait-on par formalisme ou par goût ? Je suis par exemple extrêmement sensible aux odeurs, et il est exclu pour moi d’enchaîner certains mets aux odeurs persistantes (j’avoue d’ailleurs humblement un TOC : il n’est pas rare que je me lave les mains – et le museau ! – pour continuer à apprécier mon repas). Résiste-t-on à l’envie de changer d’assiette pour éviter de salir trop de vaisselle ? Le fait-on parce qu’on considère que cela n’en vaut pas la peine, a fortiori si l’on est seul à manger ? Le décrète-t-on par souci de maintenir un esprit « à la bonne franquette » ?
  • A-t-on des difficultés à nous arrêter de manger et/ou à ne pas nous resservir si les autres mangeurs font différemment ? A quel point sommes-nous attentifs à nos sensations alimentaires ou nous laissons-nous entraîner par l’effet de convivialité lors d’un repas ?

 

Toutes ces questions, en apparence anodines, méritent réflexion pour comprendre ce qu’il se joue dans notre assiette. Encore une fois, c’est l’exploration qui compte. Il est nécessaire de prendre le temps de se demander pourquoi on fait (ou pas) les choses ainsi, si ce comportement est récurrent et fait éventuellement écho à d’autres domaines de notre vie et surtout si l’on pourrait faire différemment ou si l’on en est prisonnier ? Remettre de la conscience dans notre comportement pour décider de ce qui nous convient et de ce dont on veut se délester et/ou s’émanciper.

A l’approche des fêtes de fin d’année, c’est le bon moment pour amorcer cette introspection et vous observer avec votre assiette, non ? Je vous souhaite de savoureuses découvertes et une excellente fin d’année. Prenez soin de vous.

 

La photo, c’est une assiette, complètement anachronique puisqu’elle date de cet été, qui représente bien ma façon de manger et en dit long sans doute sur ma personnalité (alimentaire) : colorée et ludique, avec une attention portée sur le soin et l’harmonie des couleurs, relativement ordonnée malgré quelques éléments décalés et avec des textures et des saveurs variées !

Interroger sa relation à la cuisine pour mieux se connaître ?

Cuisiner, un acte banal ? Peut-être mais aussi une occasion de mieux se connaître !