La faim, quelle faim ? - Cuisine Thérapie

La faim, quelle faim ?

Tout bien ressenti

Je viens de terminer Pourquoi j’ai faim du Docteur Marie Thirion. Même si j’ai trouvé cette lecture ardue (du fait des explications anatomiques de tous les mécanismes de déclenchement de la faim et de la satiété) et même si je n’adhère pas à tous ses partis pris (notamment une vision figée et contrôlée par le cerveau reptilien et l’importance des 1ères expériences qui vont conditionner à jamais les comportements alimentaires), ce livre offre une réflexion intéressante sur les mécanismes de la faim.

D’une part, Marie Thirion nous fait prendre conscience de notre conditionnement archaïque qui remonte à l’époque Cro-Magnon : l’homme est programmé depuis la nuit des temps pour chercher de la nourriture. Grignoteurs, en mouvement et capables d’assurer un stockage préventif pour les périodes de froid et de disette, voilà ce qui caractérisait nos ancêtres en matière alimentaire. Or, alors que nos gênes n’ont quasiment pas évolué, l’environnement nutritionnel a lui énormément changé compte tenu de la sédentarité et de l’abondance alimentaire. D’où le développement de l’obésité que rencontrent, de façon quasi inévitable, nos sociétés modernes.

Ce livre offre d’autre part une jolie réflexion sur les différents types de faims :

  • les faims automatiques du quotidien, celles qu’on éprouve par habitude soit parce qu’il est est l’heure de manger (faim-pendule), soit parce que la lumière déclinant, il nous faut prévoir des stocks (faim de saison), soit parce que nous nous attendons visuellement à une certaine quantité de nourriture pour nous sentir rassasiés (faim-volume), soit encore parce que l’environnement nous offre stimulations et incitations à manger (faims-miroirs et faims désirs) ;
  • les faims de stimulation, celles qu’on ressent par exemple lorsqu’on a besoin de stimulations sensorielles (des saveurs ou des textures particulières en bouche) ou faim de mécanique buccale (faim-succion, le fameux besoin d’avoir quelque chose à mordiller, mâcher, sucer, ronger) ;
  • les faims nutritionnelles, celles qu’on ressent lorsqu’on manque de protéines, lipides, glucides et autres nutriments ;
  • les faims comportementales et d’entraînement, celles qui nous font manger avec et comme les autres, celles qui nous font nous jeter sur un buffet tels des prédateurs ou développer au contraire des appétits d’oiseaux ;
  • les faims émotionnelles, celles qui nous font manger pour nous consoler par exemple.

Réfléchir sur ces différents types de faim me semble vraiment intéressant avant de prendre toute décision alimentaire. Ne serait-ce que pour être conscient de pourquoi on mange, première étape indispensable à une meilleure régulation de son comportement alimentaire. En cela, ce livre a fait écho à Manger en pleine conscience du Docteur Jan Chozen Bays, qui propose une autre classification des différents types de faims, tout aussi intéressante :

  • la faim des yeux, celle qui nous fait saliver à la seule vue d’aliments appétissants et nous donne envie de manger, peu importe notre niveau de satiété ;
  • la faim du nez, celle qui est dictée par le pouvoir des odeurs ;
  • la faim de la bouche, celle qui est guidée par l’envie d’éprouver des sensations agréables en bouche ;
  • la faim de l’estomac, caractérisée par les tiraillements, contractions et autres gargouillements ;
  • la faim des cellules, c’est-à-dire la faim du corps proprement dit et les besoins nutritionnels, celle qui naît lorsque notre énergie et notre concentration sont basses à cause d’une baisse du taux de sucre sanguin ou par manque d’eau, de sel, de protéines, de fer, etc. Bien observée, la faim cellulaire peut nous indiquer exactement de quoi on a besoin comme type d’aliment ;
  • la faim de l’esprit (ou faim mentale / rationnelle) celle qui érige des règles sur les bons et mauvais aliments et conduit au final à manger avec sa tête. Elle est basée sur nos croyances que nous devrions manger ceci ou cela parce que c’est bon pour la santé, ou parce que ça fait longtemps que nous avons mangé, ou parce que c’est l’heure ;
  • la faim du cœur, celle qui dictée par un besoin d’amour et de bienveillance ou la faim émotionnelle, l’envie de manger qui naît suite à des émotions positives ou négatives.

Deux livres intéressants donc pour prendre le temps de s’interroger sur sa faim afin de la comprendre, s’en faire une alliée et la satisfaire au mieux, et développer une relation apaisée avec la nourriture. Il s’agit somme toute d’apprendre, comme Marie Thirion nous le suggère, à « apprécier la faim, cette merveilleuse pulsion qui nous fait vivre, déguster, grandir et durer »

 

 

Interroger sa relation à la cuisine pour mieux se connaître ?

Cuisiner, un acte banal ? Peut-être mais aussi une occasion de mieux se connaître !