Apéro - Apéritif - Rituel culinaire

C’est l’heure de l’apéro !

Tout bien ressenti

Une récente enquête sur la carte de France de l’apéro m’a donné l’idée de me pencher sur ce rituel presque universel de l’apéritif (OK, c’est une façon aussi de faire un pied de nez à la météo qui n’est pas encore propice aux apéros interminables en terrasse).

De quoi parle-t-on déjà ?

A la fois de la boisson (pas nécessairement alcoolisée d’ailleurs, mais est-il besoin de le rappeler ?) servie avant le repas et par extension de cette collation, qu’elle s’appelle tapas, zakouskis ou encore attendillon, qui est censée stimuler et ouvrir l’appétit. En tout cas, concentrons-nous ici sur l’apéro qu’on prend chez soi (exit celui qui se prend au bistrot du coin), celui qu’on prépare même sommairement de temps en temps (et pas celui ingurgité de façon triste et trop systématique par certains).

 Convivial et festif, 2 caractéristiques très souvent présentes à l’apéro

L’apéritif est pour beaucoup d’entre nous synonyme de plaisir, de gaieté et de convivialité. Souvent associé à un moment festif ou symbolique,  c’est l’occasion de trinquer et de porter un toast (avec, comme en témoigne l’enquête, quelques spécificités régionales sur les expressions alors utilisées), voire de faire des annonces solennelles. A noter, certaines personnes ont d’ailleurs toujours du champagne au frais, comme si elles se tenaient constamment prêtes à fêter quelque chose (ce qui dénote au passage une jolie vision de la vie, je trouve !). Evidemment, il peut arriver que l’apéritif manque de jovialité et soit timide au démarrage, le temps de briser la glace. Mais force est de constater que très souvent, l’alcool aidant et la nourriture (souvent à profusion et/ou exposée aux 5 sens) étant un sujet de conversation presque inépuisable, l’atmosphère se fait assez rapidement chaleureuse et décontractée.

Un tempo particulier pour un moment informel

L’apéritif est marqué par de grandes variétés entre :

  • ceux qui vivent l’apéro comme un moment de répit, un entre-deux où l’on se pose (entre rush de la préparation du repas et enchaînement avec le dîner), l’occasion de souffler ou de recharger ses batteries et/ou comme un sas qui marque symboliquement quelque chose (la fin de la semaine, le début du WE, la célébration d’un événement important…),
  • ceux chez qui l’apéro s’éternise, le temps que les retardataires arrivent ou le temps que tout soit prêt en cuisine, et se fait le théâtre de confidences intimes,
  • ou ceux qui en font une simple formalité : quand l’apéro tient de l’obligation parce que l’hôte ne s’imagine pas faire autrement, il devient alors l’antichambre du repas, un passage obligé et peu investi où l’on ne s’attarde pas.

Autant de rythmes que de personnalités mais un point commun quand même : l’apéritif est beaucoup moins formel, plus léger en termes de structure et d’enjeux que le repas traditionnel à table. L’ambiance est souvent  plus décontractée et spontanée, les places ne sont pas attribuées aux convives, le protocole est absent (tout est à portée de main et chacun se sert soi-même), un peu comme dans un pique-nique. C’est sans doute d’ailleurs la raison pour laquelle l’apéritif est souvent privilégié quand il s’agit de découvrir quelqu’un : boire un verre (comme un café d’ailleurs) est potentiellement moins engageant et moins exposant pour bien des premières rencontres.

Voire régressif

L’apéro, c’est souvent synonyme de grignotage, l’occasion pour les adultes comme pour les enfants (qui cessent bizarrement toutes activités séance tenante pour se rapprocher de la table basse !) de toucher à tout, de manger avec les doigts, de retomber dans l’enfance, de lâcher un peu de lest aussi avec les convictions liées au manger sain. Parce que chacun peut faire à son goût, selon son appétit et un peu comme il sent, l’apéritif honore finalement notre côté régressif et notre liberté en tant que mangeur : exit la contrainte de finir son assiette, de s’extasier sur chacun des plats ou de se resservir pour prouver qu’on apprécie la cuisine de son hôte ! A la clé, au-delà de la détente évidente que cela procure, c’est aussi la possibilité de manger tous ensemble tant les régimes et dadas alimentaires des uns et des autres passent presque inaperçus au moment de l’apéritif !

Mais qui répond pourtant à des rituels précis

Chaque famille, chaque couple, chaque individu qui se livre au rituel de l’apéritif a en effet ses habitudes, en ce qui concerne :

  • le lieu : dans le salon, dans la cuisine autour des derniers préparatifs (voire dès le démarrage pour les personnes adeptes du verre à la main en cuisinant !) ou sur le balcon quand le temps et le lieu de vie le permettent ;
  • la fréquence hebdomadaire ou mensuelle et l’heure de démarrage, l’ambiance musicale ;
  • les façons de trinquer (plus ou moins formelles et préparées, les sujets qui reviennent quand on porte un toast, l’importance pour certains de se regarder dans les yeux) et les spécificités régionales (à la vôtre, Tchin, santé !), voire familiales ;
  • mais aussi les mets et les boissons proposés ! Quel que soit l’endroit où l’on vit, il semble que bière et vin se partagent la moitié des apéros accompagnés de chips, cacahuètes et charcuterie ! L’apéritif serait donc bizarrement uniforme d’un bout à l’autre de la France ? Et c’est sans doute vrai au sein de la famille aussi. Et pourtant, cela pourrait être le moment de laisser libre cours à sa créativité voire même de se lancer dans des préparations fantaisistes et originales car l’enjeu culinaire est souvent positionné après, lors du repas à table.

L’art de la mise en appétit

Parce que l’apéritif est censé ouvrir l’appétit, ce qui est proposé aux convives a son importance , et là encore des disparités existent entre :

  • ceux qui se contentent de chips, des traditionnels gâteaux apéritifs et cacahuètes ou des incontournables tomates cerises (été comme hiver), le tout sorti à la dernière minute,
  • ceux qui sont adeptes des préparations surgelées ou en provenance du traiteur ou de la boulangerie du coin,
  • ceux qui annoncent ne pas avoir fait de chichis et servent pourtant une palanquée de plats tous plus élaborés les uns que les autres et entièrement réalisés maison,
  • ceux pour qui l’apéro est l’occasion de savourer des alcools et autres tartinades ramenés de voyage (et de se remémorer au passage des souvenirs d’escapades).

L’apéro réussi sur le plan des papilles, c’est sans doute un savant dosage entre le trop et le pas assez permettant aux convives de se mettre en appétit et au cuistot de faire une pause plutôt que jouer les prolongations en cuisine ! Comme le dit si bien le journaliste culinaire Jacky Durand dans un article savoureux, « tout l’art de l’apéro est de donner à picorer sans pour autant être obligé de jouer les Vatel en cuisine ».

Un moment qui révèle des choses de soi

De façon presque anodine et pourtant décelable pour un observateur vigilant, l’apéritif en dit beaucoup sur notre relation à la nourriture bien sûr mais aussi  sur nos rapports aux autres. Beaucoup de nos petites manies transparaissent en effet dans cet entre-deux qu’est l’apéritif, que l’on pense à :

  • ceux qui se jettent sur la nourriture ou veulent goûter à tout, ceux qui mangent en pilotage automatique, ceux qui se donnent bonne conscience en se gavant de crudités, ceux qui gobent tout rond, chipotent ou picorent, les prévoyants qui se réservent pour la suite et s’enquièrent du reste du menu pour ajuster leur niveau de faim,
  • ceux qui boivent vite (parfois sans même attendre le toast) et les indécis qui ne savent jamais quoi boire, ceux qui sont vigilants à resservir les autres, ceux qui prennent le temps d’apprécier, ceux (et souvent celles) qui font mine de boire pour ne pas avoir à justifier d’être abstinents ou ne pas troubler la convivialité ;
  • ceux qui animent et lancent les sujets de discussions, ceux qui restent en retrait dans un poste d’observation et/ou prennent la température, ceux qui parlent du dernier spectacle / restaurant à la mode, ceux qui monopolisent la conversation, ceux qui en profitent pour faire du réseau professionnel, ceux qui ne sont pas à l’aise en groupe et se font discrets ;
  • ceux qui ne tiennent pas en place et/ou s’éclipsent en cuisine…..

 

Et vous, comment vivez-vous le moment de l’apéritif ?

Qu’est-ce qui est important pour vous ?

Comment vous y sentez-vous ?

 

Interroger sa relation à la cuisine pour mieux se connaître ?

Cuisiner, un acte banal ? Peut-être mais aussi une occasion de mieux se connaître !