Symbolique de l'aliment - Cuisine thérapie

Parler de soi…. avec un aliment !

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Cette image de Charly Clements, illustratrice basée à Berlin qui transforme des aliments du quotidien en véritables petits personnages attachants m’a fait penser à une activité de cuisine thérapie, anodine en apparence, qu’il me plaît de proposer aux participants des ateliers Papilles Créatives : celle de se laisser appeler par un fruit ou un légume de leur choix disposés sur un plateau et de se décrire comme s’ils étaient cet ingrédient.

Place au ludique : accepter de jouer le jeu !

Pour que cette activité fonctionne, il faut 2 conditions préalables :

  • débrancher le mental, donc ne pas connaître la consigne à l’avance et simplement se laisser appeler par un aliment…. pas forcément celui qu’on préfère d’ailleurs ! En choisir un et accueillir ce qui vient sans jugement et en faisant taire son critique intérieur ;
  • prendre un temps pour soi (via un moment d’écriture par exemple) pour laisser venir des mots en rapport avec ce fruit ou ce légume : l’odeur et le goût de cet aliment font bien souvent remonter des souvenirs enfouis dans la mémoire ou des images de l’enfance ; la forme (parfaite, cabossée, ronde, longiligne) peut renvoyer à l’image que l’on a de soi-même ; il est également possible d’associer des symboles personnels ou universels à ce fruit ou ce légume….

Bref le choix est rarement anodin, et entendre ce que la personne a à en dire, comment elle se voit et comment elle se raconte est très riche et souvent émouvant. Choisir par exemple :

  • un fruit à peau comme le kiwi ou l’avocat (et se sentir « protégé de l’extérieur par cette enveloppe, un peu comme dans un cocon »),
  • un légume qui s’effeuille comme l’oignon ou l’artichaut (et avoir la « sensation d’avoir plusieurs couches à enlever avant de se montrer tel(le) que l’on est »)
  • ou encore une endive pour son ancrage à la terre, son authenticité (« plusieurs couches identiques, entre l’extérieur et intérieur, il n’y a pas de surprise »), son « côté amer et croquant, qui a du goût et se suffit à elle-même »

fait sens pour les participants, selon un processus de symbolisation propre à chacun. Quand certains sont intarissables sur la sensualité d’une aubergine, d’autres prêtent à la poire une trop grande gentillesse et un manque de caractère, d’autres encore s’enorgueillissent du croquant de la carotte ou de la capacité à se fondre partout d’une courgette… Rappelons-le, « manger un aliment, c’est incorporer tout ou partie de ses propriétés, biologiquement, socialement mais aussi symboliquement », selon le Conseil national de l’alimentation (CNA)….

Un choix jamais anodin…

Ainsi, le témoignage de A., une jeune femme d’une trentaine d’années, venue en atelier parce qu’elle voulait explorer sa relation à la nourriture et qui a spontanément choisi la tomate cœur de bœuf pour se décrire ensuite en ces termes :

« Je suis ronde, comme une tomate normale mais je suis irrégulière. J’ai des formes. J’ai du relief. Mes formes font des plis. Mon relief est accidenté. Je suis charnue. Ma chair est consistante. Ma peau est toute tendue sur ma chair. La consistance est parfaite : pas trop dure (pas comme une brique), elle a une élasticité, une douceur, une tendresse, qui fait qu’elle n’est pas indifférente quand on la touche : elle n’est pas de marbre, elle épouse la forme des doigts qui la saisissent, elle est malléable. Pas trop malléable, pas comme une pâte à modeler. Elle garde sa forme. Elle la reprend après le toucher. Elle ne s’altère pas. Elle garde son indépendance, son individualité du corps. Mon corps donne envie d’être touché. Les doigts s’empressent à me sonder, à me découvrir. Ils prennent plaisir à se glisser entre mes plis, à caresser mes rondeurs irrégulières, asymétriques. Je sens le frais, le jeune, le neuf, le naturel. Je me différencie des autres par ma singularité. Il n’y en a pas une 2ème comme moi, exactement comme moi au monde. Je suis lourde, je dois être pleine à l’intérieur. De chair et de jus et de semences. Je suis voluptueuse. Je donne des frissons ».

…. qui révèle des choses de soi

Cette activité a permis à A. d’explorer son image corporelle, de mettre des mots sur ses insatisfactions et sur ce qu’elle aimerait changer en elle (pour se rapprocher des « courbes parfaites de la tomate classique ») mais aussi (surtout ?) de prendre conscience de ses spécificités, de ce qui fait son charme (son indépendance, ses rondeurs irrégulières, sa sensualité). Un questionnement ultérieur sur le goût de cet aliment lui permet de réaliser que la tomate cœur de bœuf est parfois décevante du fait d’une texture farineuse et d’un parfum discret. A. fait alors spontanément le lien avec l’intériorité, les qualités intrinsèques qui sont tout aussi importantes que l’extérieur, ce qui est visible et se fera fort dans l’activité culinaire qui suivra de travailler sur le goût, d’en sublimer les saveurs.

Evidemment, les choix d’aliments peuvent évoluer en fonction de ce qui est disponible et visible bien sûr, mais aussi en fonction du moment de vie. Dès lors qu’on se laisse appeler par un ingrédient et qu’on accepte de jouer le jeu d’accueillir ce qui vient, c’est un peu comme si l’inconscient prenait les commandes pour nous faire passer des messages. Même si l’expérience peut être déroutante (« au début, je me suis dit « de mieux en mieux, parler de soi comme d’un ingrédient ! »), la personne se rend compte que l’aliment choisi ne l’a pas été par hasard, et qu’elle pourrait « écrire un poème sur l’endive finalement ! ». En apprendre plus sur soi avec la cuisine thérapie, cela vaut la peine d’essayer non ?!

 

Crédit Photo : http://www.charlyclements.com/

Makinadjiab

Je trouve ca fort et puissant de passer par un ingrédient pour se décrire et finalement en apprendre plus sur soi…..oui la Cuisine au sens large est un révélateur de soi …a condition que la personne soit suffisamment prête pour jouer le jeu de maniere authentique. Et justement les ateliers Papilles Créatives permettent cette préparation et ce lâcher prise essentiels pour être face à soi en toute acceptation et bienveillance !!

    Emmanuelle de Cuisine Thérapie

    Cela peut être désarçonnant, mais comme tu le dis, la surprise est souvent au rendez-vous si l’on accepte de jouer le jeu ! Se laisser appeler sans savoir pourquoi par un aliment, et se décrire ensuite, ça a vraiment quelque chose de magique. Et bizarrement, les participants ont plein de choses à en dire !

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