Cuisine-thérapie, témoignage participant

Des poires tristesse

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Pour vous permettre de mieux comprendre ce qu’il se passe dans un atelier Papilles Créatives et en quoi la cuisine peut être thérapeutique, voici un nouveau témoignage de participant. Cette fois-ci, c’est E. qui nous livre son vécu :

“Lorsque j’ai été invitée à improviser sur une émotion, je suis restée sur le souvenir de ma grand-mère qui avait émergé dans l’activité culinaire précédente. Tristesse… nostalgie d’un temps révolu… J’ai tout de suite eu l’idée de faire des poires au vin, un délice que ma grand-mère, en cuisinière hors pair, réussissait excellemment bien et une manière pour moi d’honorer son souvenir. Faute de poires, à ma grande déception, j’ai utilisé des pommes, sachant de toute façon que la tâche serait ardue car je n’ai malheureusement jamais pu récupérer les recettes de ma grand-mère, qu’elle a emmenées avec elle dans sa tombe.

Je me suis appliquée à faire confire les pommes dans le sirop au vin rouge et surtout à soigner la décoration. Au final, le sucre trace des arabesques qui ressemblent à des toiles d’araignée autour des pommes. Ces toiles d’araignée font écho à quelque chose qui n’a pas été bougé ou déplacé depuis longtemps, comme dans un grenier ou une cave… des fils de sucre comme une araignée qui aurait tissé sa toile à travers le temps.

J’ai été envahie par une profonde tristesse, mais j’avais à cœur de faire un beau plat afin d’honorer le souvenir de ma grand-mère. Ces « poires tristesse », c’est un peu l’hommage à une époque que je ne pourrai jamais revivre mais qui laisse la trace de beaux souvenirs, emprisonnés dans une toile de sucre étiré. C’est un pont entre hier et aujourd’hui.

A la fin de cet atelier, j’ai souhaité partager avec les autres participants ce plat en les informant qu’ils allaient manger un peu de ma tristesse… Le fait qu’ils me disent à l’unanimité que c’était délicieux m’a réconfortée, même si je n’avais pas envie de goûter à ce mets. “

Cette activité a donc permis à E. d’entrer en contact avec ses émotions. Parce qu’elle a accepté d’accueillir authentiquement ce qui remontait à la surface (et de poursuivre ainsi l’exploration de ce qui avait émergé lors de l’activité qui avait précédé), parce qu’elle s’est sans doute aussi sentie en confiance dans un petit groupe, elle a pu se remémorer et d’une certaine façon « honorer », comme elle le dit si bien, des souvenirs enfouis profondément.

C’est d’ailleurs avec une extrême application et beaucoup de concentration qu’elle s’est livrée à la phase de création de ses poires au vin. Dans cette forme de recueillement et cette bulle avec elle-même, on sentait qu’il se passait quelque chose d’important pour elle, qu’elle s’était temporairement extraite du reste du groupe. Qu’elle était là sans être là vraiment, dans une sorte d’entre-deux. En même temps, sa sérénité et son apaisement étaient presque palpables du fait de son sourire et de la lenteur de ses gestes.

Ce témoignage est aussi une occasion de plus de rappeler un principe important en art-thérapie : la production appartient à celui qui l’a créée et le participant est libre de la partager (symboliquement ici via la dégustation), avec les autres. Tout comme il est libre de la manger ou pas d’ailleurs. C’est à lui de décider ce qu’il veut en faire. E a fait le choix de partager ses « poires tristesse », mais elle aurait tout aussi bien pu demander à ce qu’on ne les mange pas pour conserver intact son souvenir. Ou pour toute autre raison, qu’elle n’aurait pas été tenue d’expliciter et que nous aurions respectée avec bienveillance !

Makinadjian

Très touchant ce témoignage…j ai eu les larmes aux yeux en le lisant car le souvenir d une grand mère est toujours empreint d une nostalgie et d une tristesse très profonde… cela résonne en moi…merci d avoir partagé ce témoignage !

    Emmanuelle de Cuisine Thérapie

    Merci Nath, je suis heureuse que cela te touche et fasse écho pour toi….

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